Résumé : |
Le Moyen-Orient n'est pas le théâtre simpliste du "choc des civilisations". On ne peut vouloir faire en même temps la guerre à Al-Qaida, aux talibans, au Hezbollah, au Hamas, à la Syrie et à l'Iran en pensant qu'il s'agit du même ennemi. L'auteur montre d'abord les erreurs d'analyse qui ont conduit les Etat-Unis à s'enliser en Irak, sans réussir à imposer la démocratie par le haut. Il distingue le terrorisme territorialisé (Tchétchénie) et non territorialisé (Al-Qaida), l'islamisme évoluant vers la démocratie (Turquie) ou vers le djiadisme. Il ne croit pas au panislamisme (dont le seul dénominateur serait le front du refus d'Israël), les logiques d'Etats et de langues étant plus fortes (turc, perse et arabe). Le panarabisme est lui-même en décomposition avec l'exacerbation du conflit chiite-sunnite. L'Iran d'Ahmadinedjad symbolise à la fois l'axe chiite et le front du refus d'Israël, mais il joue gros entre bombe nucléaire et risque de bombardement. Al-Qaida est un réseau déterritorialisé, relativement coupé des enjeux du Moyen-Orient, recrutant essentiellement chez les "born again", qui s'inscrit dans une stratégie anti-occidentale asymétrique. Finalement, la vision d'un monde musulman unifié sous la bannière de l'Islam et montant à l'assaut de l'Occident ne fait pas sens. Ce que l'on voit, c'est au contraire une présence accrue de troupes occidentales dans le monde musulman (de l'Afghanistan au Liban, en passant par l'Irak), des conflits qui opposent d'abord des musulmans entre eux, et un fossé qui s'accroît entre chiites et sunnites, privant l'Iran du bénéfice d'apparaître comme l'avant-garde du front du refus contre Israël et l'Occident et modifiant en profondeur les alliances et les confrontations au Moyen-Orient, plus divisé que jamais. |